La chapelle Saint-Laurent de Roquelaure – Aveyron

Un témoignage remarquable de l'art roman

À l'écart du château, mais intimement liée à son histoire, la chapelle Saint-Laurent constitue l'un des éléments les plus anciens et les mieux conservés du site de Roquelaure. Cette ancienne chapelle castrale, construite au XIIᵉ siècle, sans doute sur les base d'une chapelle du X, est aujourd'hui le seul élément du château à bénéficier d'une protection au titre des Monuments historiques : elle a été classée le 21 septembre 1981.

Son édification est liée aux grandes phases de développement de la forteresse médiévale. Elle devait répondre à une fonction à la fois religieuse et seigneuriale : permettre aux occupants du château et à leur entourage d'assister au culte sans quitter l'enceinte fortifiée. Sa présence rappelle ainsi qu'un château médiéval n'était pas seulement un ouvrage militaire ou une résidence : il constituait également un lieu de vie organisé autour de la famille seigneuriale, de ses serviteurs et de ses pratiques religieuses.

Une architecture romane d'une grande qualité

La chapelle présente les caractéristiques essentielles de l'architecture romane du Rouergue. De dimensions relativement modestes, elle adopte un plan rectangulaire prolongé par un chœur en hémicycle. La simplicité de son volume extérieur contraste avec la richesse de certains détails de sa construction. La notice officielle du ministère de la Culture souligne notamment la qualité de ses proportions, de son appareil de pierre, de ses chapiteaux, de ses modillons et de ses baies.

Les murs témoignent d'un soin particulier apporté à la mise en œuvre de la pierre. L'appareil régulier participe à l'élégance de l'édifice, tandis que les ouvertures, relativement étroites, correspondent à la conception des édifices romans : la lumière pénètre avec parcimonie dans un espace destiné avant tout au recueillement.

Le décor sculpté constitue l'une des principales particularités de la chapelle. Les modillons qui courent sous la corniche du chevet présentent plusieurs motifs sculptés, parmi lesquels figure notamment un remarquable Christ, mais aussi des animaux (boeuf, loup, chouette) et des figures allégoriques comme les atlantes et cariatides qui soutiennent la toiture de leur dos. Ces petites sculptures, qui ont une fonction architecturale autant que décorative, constituent un précieux témoignage de la sculpture romane locale et font partie des éléments remarquables de l'édifice.

Une chapelle transformée au Moyen Âge

Si l'édifice conserve une architecture essentiellement romane, il n'est pas resté entièrement inchangé au cours des siècles. La principale transformation connue intervient à l'époque gothique : la couverture intérieure de la chapelle est alors reprise sur croisées d'ogives. Cette modification est particulièrement intéressante car elle montre l'évolution progressive d'un bâtiment roman au contact des nouvelles techniques architecturales apparues aux XIIᵉ et XIIIᵉ siècles.

La chapelle conserve ainsi plusieurs strates de son histoire architecturale : ses proportions et une grande partie de son élévation appartiennent au langage roman, tandis que sa voûte témoigne d'une intervention ultérieure de période gothique. La notice de la base Mérimée souligne précisément cette association entre architecture romane et voûtement gothique.

L'ensemble est aujourd'hui couvert de lauzes locales taillées en écailles, une couverture particulièrement adaptée aux conditions climatiques du nord de l'Aveyron et qui participe à l'intégration de l'édifice dans son environnement.

Porte Nord

Donnant sur la terrasse du château, c'était l'entrée principale des Seigneurs de Roquelaure avant la création d'une nouvelle porte au Sud pour les habitants du hameau.

Figure du Christ

Un des modillons remarquables de la chapelle

Loup

Nous sommes près du Gévaudan

Atlante

Ces figures allégoriques supportent la corniche de leur dos.

Mise au tombeau

Merveille du XVIème

La Mise au tombeau : un autre trésor du sanctuaire

La chapelle abrite également une œuvre beaucoup plus tardive : un groupe sculpté représentant la Mise au tombeau du Christ, réalisé en calcaire au début du XVIᵉ siècle. Cette œuvre est particulièrement importante puisqu'elle bénéficie d'une protection au titre des Monuments historiques depuis le 21 octobre 1963, soit près de vingt ans avant le classement de la chapelle elle-même.

Représentant la Sainte vierge entourée de Lazare et Marie-Madeleine, penchés sur le corps du Christ, cette mise au tombeau devait comporter 5 anges, il en restait 4 à la restauration, un autre a été volé en 1976. Elle rappelle celle de la cathédrale de Rodez.

Placée au centre du retable du chœur, cette sculpture témoigne de la permanence de la fonction religieuse de la chapelle longtemps après sa construction. Elle apporte également au monument une dimension artistique supplémentaire : à l'architecture romane et aux transformations gothiques viennent s'ajouter les expressions de la sculpture religieuse de la Renaissance.

La présence de cette œuvre du XVIᵉ siècle rappelle ainsi que la chapelle n'est pas restée figée dans son état médiéval. Comme le château lui-même, elle a continué à vivre, à être aménagée et à recevoir des œuvres nouvelles au fil des générations.

Chœur de la chapelle de Roquelaure au début du XXème

Une renaissance au XXᵉ siècle

Lorsque le château tombe progressivement en ruine au XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, la chapelle connaît elle aussi une période de dégradation. Sa sauvegarde devient finalement l'un des premiers objectifs du mouvement de protection du site.

En 1957, l'association des Amis de Roquelaure est créée à l'initiative du curé de Saint-Côme, Jean Alibert. Elle entreprend la restauration de la chapelle avec le concours des communes de Lassouts et de Saint-Côme-d'Olt ainsi que de nombreux donateurs: dégagement des décombres devant la porte romane et restauration de la toiture et des fenêtres en 1958, remise en état de la cloche en 1959 pour l'Assomption (15 août fête patronale de Roquelaure). Cette action constitue une étape essentielle dans l'histoire récente du monument. Alors que le château lui-même est encore largement à l'état de ruine, la chapelle devient le premier symbole concret de la volonté locale de préserver le patrimoine de Roquelaure.

La mobilisation se poursuit dans les années suivantes, notamment avec l'intervention de la municipalité de Lassouts à partir de 1978, suite à la donation par les propriétaires de la chapelle à la commune, en contrepartie de l'entretien de l'édifice, de la possibilité de continuer à y célébrer des offices et de laisser l'accès au public toute l'année. Les travaux et l'intérêt renouvelé porté au monument aboutissent finalement à son classement au titre des Monuments historiques en 1981.

A partir de 1999 la municipalité entreprend les travaux supervisés par le ministère de la culture : réfection du mur du choeur qui avait été endommagé pour laisser passer des chars, pose de la grille (offerte par la cathédrale de Rodez) protégeant le retable, réfection des vitraux, installation des tableaux de David Pons de encadrant la mise au tombeau...

Aujourd'hui, la chapelle Saint-Laurent constitue donc bien davantage qu'une dépendance de l'ancien château. Par son architecture romane, ses transformations gothiques, ses sculptures médiévales et son exceptionnel groupe de la Renaissance, elle conserve en quelques mètres carrés plusieurs siècles de l'histoire religieuse et artistique de Roquelaure.

Elle est aussi le témoin de la renaissance du site au XXᵉ siècle : sauvée alors que le château semblait condamné à disparaître, elle a contribué à faire prendre conscience de la valeur patrimoniale de l'ensemble de Roquelaure.